Dans la vie d’un humain, il est un passage particulier, un second baptême, celui qui nous fait passer de l’homme psychologique à l’homme spirituel, celui qui nous reconnecte au divin que nous sommes aussi. Voici comment Maurice Zundel, un prêtre et mystique suisse décédé en 1975 parle de ce retournement, de cette nouvelle naissance, de ce que j’appelle “se reconnecter à la Source” dans À l’écoute du silence :

« Le véritable itinéraire va, en réalité, non à sens unique du corps à l’âme – pour nous évader du corps – mais du moi biologique, du moi servitude, du moi préfabriqué, du moi qui m’est tombé dessus comme un colis jeté sur un quai de gare – du moi que je ne suis pas en un mot – au moi authentique, au moi spirituel, au moi origine, au moi créateur, au moi qui est source et valeur, au moi qui est universel, au moi qui est don, enfin, et que nous percevons dans la lumière et la transparence de l’amour. Ce passage, ce changement d’étage, cette libération s’annonce et retentit nécessairement dans tout notre être. C’est tout notre être, corps et âme, qui devient personne, origine, source et valeur. »

Ce qu’il y a d’exaltant et de redoutable dans la vie spirituelle, c’est qu’elle fait découvrir à l’homme son immense liberté. Et plus le pèlerin vit selon l’esprit, plus sa liberté s’accroît. Mais voici : n’être inféodé à personne, c’est être responsable de tout ; être totalement libre, c’est se retrouver absolument seul.

Jacqueline Kelen, Le bréviaire du colimaçon